« Je suis arrivé en Italie. On m’a pris mes empreintes, mais je n’ai pas compris ce qui se passait. Beaucoup plus tard, lorsque j’ai demandé l’asile en France, on m’a dit que j’avais fait une demande d’asile. En Italie J’ai été dans un camp pendant deux ans et demi, mais ce n’était pas bien, j’ai demandé un médecin, mais ça n’aboutissait pas. J’ai décidé de venir en France et je suis arrivé à Paris.
Mais Paris c’était trop grand, je ne me retrouvais pas, alors je suis venu à Toulouse. J’ai rencontré une assistante sociale qui m’a dit de faire une demande d’asile. Ici à Toulouse on m’a dit alors que j’étais en procédure Dublin. On m’a dit de me présenter à toutes les convocations, ce que j’ai toujours fait, car je voulais respecter ce qu’on me demandait. Je suis venu à une première convocation à la préfecture, et on m’a assigné à résidence, avec l’obligation d’aller à la police 3 fois par semaine. J’y ai toujours été.
J’ai été bénévole dans une association pendant 6 mois. Je faisais un peu de tout, je nettoyais les toilettes. On me disait « tu acceptes de faire cela sans être payé ». Mais la France me donnait 400€, je trouve normal de faire cela en contrepartie. Avec 400 € je m’en sortais.
J’ai eu une nouvelle convocation. On m’a dit de ne pas m’y rendre, mon avocat aussi me l’a dit. Mais je souhaitais remplir mes obligations. Là j’ai signé et on m’a laissé partir.
Je voulais respecter les règles et agir en toute transparence. Je ne veux pas être en fuite et attendre en me cachant pour reformuler une demande d’asile plus tard.
Puis j’ai eu encore une nouvelle convocation. J’ai cru que cette fois là c’était la bonne, et qu’ils allaient me placer en procédure normale. J’ai mis mon beau costume pour y aller.
Là on me conduit dans un bureau où il y a deux policiers. Je ne comprends pas ce qui m’arrive, les convocations étaient toujours les mêmes. On me dit qu’on va me faire partir en Italie et on me demande de signer un papier. Mais je ne veux pas. Je demande à téléphoner à mon avocat et à prendre mes affaires. Mais on le refuse. Je ne comprends pas. J’ai des droits, pourquoi on me refuse mes droits.
Je ne comprends pas. La France est un pays de droit, et on me refuse mes droits. Je dois comprendre la situation.
Aujourd’hui j’ai compris ; j’ai réclamé mes droits, je n’ai pas refusé de prendre l’avion, j’ai seulement demandé un avocat et le juge a donné 28 jours de prolongation.
Si je pars je ne reviendrai pas je ne veux pas être en fuite. Je ne veux pas vivre dans l’obscurité. Si je dois vivre, je veux vivre comme les autres. Je veux suivre les conseils de mon père : je veux apprendre à être utile partout où je vais, pour être enfin reconnu.
J’ai une compagne érythréenne, rencontrée en Italie elle a deux enfants. Elle a voulu me rejoindre et j’ai été la chercher à Paris. A Toulouse, elle a aussi fait une demande d’asile. Par le 115 elle a obtenu un logement à l’hôtel. Ce n’est pas grave si je ne peux y aller que la journée. Elle a du aller à l’hôpital, alors j’ai fait le nécessaire pour que les enfants, que je considère comme mes enfants, aillent à l’école. Elle s’inquiète beaucoup à cause de sa santé, elle m’appelle tout le temps. J’essaye de l’aider d’ici comme je peux ».
La Cimade publie les témoignages des personnes qu’elle accompagne, en particulier dans les centres de rétention. Une parole libre d’une personne enfermée. Une parole qui permet de saisir les conséquences des politiques à l’égard des personnes en migration. Des textes, des extraits sonores ou des vidéos recueillis par les intervenant·e·s de La Cimade.
Auteur: Région Sud-Ouest